transsexuels ou homosexuels, est une question de nécessité et non de choix. La tolérance et l'acceptation dans ce domaine ne viendront qu’avec la dissémination d'informations appropriées pouvant conduire à l'amélioration des connaissances et à une meilleure compréhension de cet état. Le défi pour le gouvernement et pour la société civile est l’éducation des masses. En effet, c’est ce qui est arrivé dans le cas des personnes souffrant de troubles mentaux. La société a non seulement appris à comprendre leur situation mais également à comprendre la nécessité d'avoir des écoles spéciales pour les enfants atteints de tels troubles. Il n’y a aucun doute que la société a parcouru un long chemin depuis l'époque où ces enfants handicapés mentaux étaient tués ou abandonnés en raison de préjugés et de croyances culturelles. Un tel développement et changement d'attitude ne peut survenir que progressivement au fil du temps. 146. Un coup d'œil à des développements similaires au Royaume-Uni montre que la situation au Kenya n’est pas unique. Par exemple, les combats que les transsexuels et personnes intersexuées ont dû mener au Royaume-Uni pour obtenir la reconnaissance juridique de leur statut après un changement de sexe et pour le droit au mariage, couvrent une période de plusieurs années, période pendant laquelle la lutte s’est déplacée des tribunaux nationaux à la Cour européenne de justice. Cette lutte est récapitulée dans Christine Goodwin vs the United Kingdom Application N° 28957/95, rendu par la Cour européenne de justice le 11 juillet, 2002. Il est à noter que, dans Rees vs the United Kingdom, décidé en 1986, Cossey vs the United Kingdom décidé en 1990, et Sheffield & Hosham vs the United Kingdom décidé en 1998, la Cour européenne de justice a hésité à faire respecter les droits des transsexuels car il n'avait pas été démontré que le fait que le gouvernement du Royaume-Uni n’ait pas juridiquement reconnu le changement de sexe, ait suffisamment nui aux requérants pour remplacer la marge d'appréciation du Royaume-Uni. 147. Dans le cas de Christine Goodwin vs the United Kingdom décidé en 2002, la Cour européenne de justice a modifié sa position précédente et a jugé que le gouvernement Royaume-Uni ne pouvait plus prétendre que la question relevait de leur marge d'appréciation, sauf en ce qui concerne les moyens appropriés pour parvenir à la reconnaissance du droit protégé par la Convention. La Cour européenne de justice a constaté qu'il n'y avait aucun facteur important d'intérêt public pouvant peser contre l'intérêt qu’avait le demandeur transsexuel à obtenir la reconnaissance juridique de sa mutation de genre. La cour est arrivée à la conclusion que le juste équilibre, inhérent à la Convention, penchait de façon décisive en faveur du requérant, et a constaté qu'il y avait eu manquement au respect du droit à la vie privée, en violation de l'Article 8 de la Convention. Cette décision a conduit à l'adoption au Royaume-Uni de la loi sur la reconnaissance du genre de 2004. Cette loi a permis aux transsexuels d’obtenir de nouveaux certificats de naissance qui leur offraient à toutes fins une pleine reconnaissance de leur statut acquis. 148. La société kenyane est essentiellement une société africaine traditionnelle en termes de valeurs sociales, morales et religieuses. Nous n’avons pas encore atteint le stade où ces valeurs concernant des questions de la sexualité peuvent être rationalisées ou altérées par la science. En tout cas, la rationalisation de ces valeurs ne peut se faire que par une action délibérée de la part du corps législatif en tenant compte des circonstances et de la nécessité d'une telle législation.

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