Tous les éléments de la preuve présentée par les requérants pour étayer leur dossier sont
contenus dans le témoignage de Mme Gertrude Chelangat Kulany, une activiste
communautaire du district de Kapchorwa de l’est de l'Ouganda. Elle est membre de la tribu
Sabiny, l'une des tribus qui, en Ouganda, pratiquent la coutume des mutilations génitales
féminines. Son affidavit a été reproduit dans son intégralité au début de ce jugement. Elle ne
précise pas, pour des raisons évidentes, si elle a été victime de la mutilation génitale
féminine elle-même mais l'essentiel de son témoignage est que: (a) Les mutilations génitales féminines sont effectuées sans anesthésie grossièrement ce qui
fait que la victime éprouve des douleurs atroces, des saignements excessifs qui peuvent
conduire à la mort, à une souffrance permanente et à des traumatismes.
(b) Elles sont réalisées par des «chirurgiens» traditionnels qui coupent les organes génitaux
des filles et des femme de manière injustifiée et souvent causent à leurs victimes une
incontinence urinaire (incapacité à retenir l'urine) qui se traduit par une odeur urinaire
permanente et fait que les victimes soient ostracisées par la société.
(c) Elle a connu de nombreux décès survenus directement en raison des mutilations
génitales féminines.
(d) Elle connaît quelques filles et femmes qui ont souffert de paralysie et d’incapacité à
marcher et à une invalidité permanente à la suite de la mutilation génitale féminine.
(e) À sa connaissance, les mutilations génitales féminines ne présentent aucun avantage
médical ou social, que ce soit pour la communauté ou pour ses victimes.
Ces éléments de preuve ont été répétés par tous les autres témoins ayant comparu. Ils ne
sont pas contestés et cette cour les traite donc comme étant la vérité. La question est alors
de savoir si une pratique ou coutume qui provoque les conséquences ci-dessus contrevient à
quelconque disposition de la Constitution de l'Ouganda.
LA CONSTITUTION
L’Article 37 prévoit:
«Toute personne a le droit, le cas échéant d'appartenir, de jouir, de pratiquer, de professer,
de maintenir et de promouvoir toute culture, institution culturelle, langue, tradition,
croyance ou religion en commun avec d'autres."
Nous savons que la pratique de la mutilation génitale féminine existe dans certaines
communautés depuis des siècles. Est-ce que cette disposition constitutionnelle permet à ces
communautés de continuer cette coutume et tradition? Nous ne le pensons pas, car l’Article
44 de la Constitution dispose:
"Nonobstant les dispositions de la présente Constitution, il n'y aura aucune
dérogation à la jouissance des droits et libertés suivants: -
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